
Témoignage N°30 – Juliana
20/08/2026Témoignage N°31 - Lucile
Le projet "Cœur de Socios" vise à recueillir et partager les témoignages émouvants des supporters du FCSM, avec l'objectif de publier un recueil de 100 portraits pour célébrer les 100 ans du club en 2028.

Lucile : Une fidélité qui traverse la France
Des racines à Audincourt jusqu'à l'exil breton
C’est depuis Rennes, en Bretagne, où elle vit et exerce son métier d’architecte, que Lucile, 30 ans et socio n°1069, nous raconte son histoire avec le FC Sochaux-Montbéliard. Une histoire qui, comme pour beaucoup, prend ses racines dans la famille et le territoire. Née à Paris, elle déménage à trois ans dans le Pays de Montbéliard, à Audincourt, lorsque son père, qui travaille chez PSA, y est muté. C’est lui, pourtant supporter de Nancy dans sa jeunesse, qui découvre le club à son arrivée dans la région et qui va lui transmettre le virus jaune et bleu. L’élément déclencheur, le point de départ de sa ferveur, est un moment de gloire : la victoire en Coupe de France en 2007.
Dans la foulée, son père lui offre, ainsi qu’à son frère, leur premier abonnement. C’est le début des samedis soirs à Bonal, en trio. « J’ai été abonnée jusqu’à mes 18 ans », précise-t-elle. Depuis, les études puis le travail l’ont éloignée géographiquement, mais la passion est restée intacte. Elle suit tous les matchs à la télévision ou à la radio et n’hésite pas à se déplacer pour voir jouer son équipe, refusant de supporter les clubs des autres villes où elle a pu habiter, et même d’assister aux matchs (sauf si Sochaux se déplace, comme lors du match des féminines Rennes-Sochaux en juin 2025, où elle a pu voir aussi quelques autres supporters jaune et bleu).
Le débriefing et une ferveur familiale
Cette passion rythme encore aujourd’hui la vie de famille. Les débriefings d’après-match sont une institution. Son père, souvent « un peu énervé », son frère et elle-même refont le match, analysent le jeu, les performances individuelles et collectives. Une discussion qui se prolonge souvent le dimanche, lors des appels en visio. Son père et son frère sont d’ailleurs toujours abonnés au stade Bonal. Sa maman, elle, préfère ne pas les accompagner au stade “pour ne pas les voir dans tous leurs états”. D’ailleurs Lucile nous avoue que son côté calme lors de l’interview peut changer dans les tribunes où elle n’hésite pas à faire entendre son mécontentement.
D'ailleurs, plus largement, c'est sa manière d'être supportrice du FCSM qui a évolué. « Avant, nous allions en tribune famille, maintenant c’est en Tribune Nord Sochaux, l’ambiance est différente. ». La manière de voir les choses a changé, elle a aussi gagné en maturité. Ce sentiment s’est renforcé depuis l’été 2023 : « Avec Sociochaux, je suis beaucoup plus fière d’être supportrice de Sochaux. » Une fierté qu’elle affiche sans complexe, comme lors du match de Coupe de France entre Sochaux et Rennes en février 2024, où elle a suivi la rencontre, maillot sur les épaules, dans un bar rennais au milieu des supporters adverses.
Si elle n’a pas forcément transmis le virus – son compagnon n’étant pas un grand amateur de football (mais est quand même allé 2-3 fois au stade, malheureusement, toujours avec des défaites au final) –, elle en parle tant autour d’elle que sa passion a fini par déteindre. Un ami de son copain, un collègue supporter de Rennes et un autre de Caen ont commencé à s’intéresser au sort du club doubiste grâce à son enthousiasme.
2023 : sauver l'identité d'une région
Lorsqu’on évoque le départ de Peugeot, son visage se rembrunit. La période qui a suivi la joie de 2007 a été une longue pente descendante. « La descente en Ligue 2 a été difficile, je ne pensais pas qu’on y resterait aussi longtemps. » Le retrait de l’actionnaire historique a été « un vrai coup dur, un coup porté aux valeurs du club. » S’en est suivie une période de mauvaise gestion, où chaque début de saison laissait espérer une remontée avant de s’écrouler. En parlant des valeurs du club, Lucile évoque un club qui est avant tout « historique » avec un « centre de formation important ». Pour elle, le FCSM incarne un « football populaire qui réunit les gens », agissant comme une véritable « fierté du territoire » et « un vrai ancrage dans notre région ». C'est cette capacité de « réunion derrière le club et les couleurs » qui définit, à ses yeux, l'essence même de l'institution sochalienne.
Puis vint l’été 2023. Un choc. « Je ne m’y attendais pas du tout », confie-t-elle. Comme les dernières années, on avait bien commencé en 2022 avant de s'effondrer. Durant cette saison, elle était allée voir le FCSM à Laval en avril 2023, et lors d’un échange avec les joueurs, elle se rendit compte qu’ils ne comprenaient pas trop ce qu’il se passait, ils étaient désemparés. La notification sur son téléphone qui lui apprend la rétrogradation administrative prononcée par la DNCG, cette nouvelle secoue toute la famille, qui décide unanimement de rejoindre le projet Sociochaux. Tenue informée en permanence par son frère, elle a cru, à un moment, que tout était fini. « J’en ai pleuré », avoue-t-elle, avant que l’espoir ne renaisse avec l’initiative populaire. Avec le recul, elle voit cet épisode comme « une occasion de remettre les choses à plat, un nouveau départ, un nouvel élan » après des années compliquées (départ de Peugeot, mauvaise gestion ensuite…).
Au-delà du sport, c’est l’identité de toute une région qu’elle voulait sauver. « Il y a Peugeot et il y a Sochaux », résume-t-elle. C’était impensable pour elle de ne plus pouvoir aller à Bonal, de voir disparaître le centre de formation, les emplois, ses souvenirs et ce qui constitue « un vrai ancrage pour notre région ». Le stade Bonal, c’est sa deuxième maison. Elle planifie même ses retours en Franche-Comté en fonction du calendrier des matchs. « Je suis toujours émerveillée, émue, quand je rentre dans le stade. Je me sens à la maison. L’hymne, l’énergie des gens… le public est plus réuni qu’avant. »
Bâtir l'avenir sur des bases solides
Ses meilleurs souvenirs sont liés à des moments de liesse collective et à des joueurs qui l’ont marquée : Édouard Butin, Teddy Richert, Damien Perquis, Václav Svěrkoš ou encore Marvin Martin. Elle se rappelle avec plaisir des cartes dédicacées qu’elle recevait pour son anniversaire et de la joie, au collège, de pouvoir chambrer ses camarades supporters de Paris ou Marseille après une victoire sochalienne. Ses mêmes camarades “ont probablement participé au sauvetage du club”, pense-t-elle, “et sont désormais aussi supporters du FC Sochaux”.
Aujourd’hui, Lucile regarde l’avenir avec espoir. Elle pense que le club a été « reconstruit avec des gens solides » et qu’il est prêt à bâtir sur la durée. Cependant, au moment de l’interview (13/08/2025), elle ne cache pas une certaine frustration. « J’aimerais que l’énergie déployée pour sauver le club soit récompensée sur le terrain, que les joueurs se battent de la même manière. » Ce qu’elle attend par-dessus tout, c’est de voir de l’envie. Un message clair, porté par une supportrice dont la flamme et la fidélité n’ont jamais faibli, malgré la distance et les tempêtes.



