
Témoignage N°23 – Baptiste & Bastien
12/03/2026Témoignage N°24 - Cédric
Le projet "Cœur de Socios" vise à recueillir et partager les témoignages émouvants des supporters du FCSM, avec l'objectif de publier un recueil de 100 portraits pour célébrer les 100 ans du club en 2028.

En Gironde, des dessins pour un destin
Une rencontre et des valeurs
D’aussi loin qu’il se souvienne, Cédric, 41 ans, a toujours été passionné de foot. Il a très longtemps pratiqué, le long de l’estuaire de la Gironde qui l’a vu naître, grandir et où il vit, encore aujourd’hui. Son père et ses copains étant inconditionnels de Bordeaux, il a commencé par suivre l’équipe, plutôt en voisin qu'en fan. Il se souvient être allé régulièrement au Parc Lescure avec son club. A priori, aucun lien ne relie Cédric à Sochaux. Sa seule attache personnelle dans l’Est est plus récente que son attachement au FCSM puisqu’elle lui vient de son épouse, originaire du Nord de la Lorraine. Sa passion jaune et bleu a d’abord été une histoire d’enfance et d’imaginaire. “Quand j’étais gamin, je passais mon temps à dessiner les maillots de toutes les équipes, sur du papier Canson. Je tenais des cahiers où je recopiais les résultats et les classements. Peu à peu, j’ai réalisé que je prenais plus de plaisir à dessiner le maillot de Sochaux que les autres. Les couleurs, le lion, le mot Sochaux, tout ça me parlait.”
A l’adolescence, son amour du club s’affirme et mûrit. “J’y trouvais des valeurs. Par exemple, en début de saison, les joueurs allaient visiter l’usine Peugeot. Certains avaient des proches qui y travaillaient. Ce côté terre-à-terre dans le bon sens du terme, familial, humble, correspondait à ce que j’étais, à ce pourquoi j’aimais le foot.” Tous les étés, le jeune garçon se précipite au bureau de tabac pour acheter le guide de la saison à venir. La presse tient une place importante non seulement dans sa collection, mais dans son regard sur le club. Il a en effet conservé beaucoup de coupures, de feuilles de match. Il remarque assez tôt que Sochaux occupe très rarement la première page. D’ailleurs, à écouter certains propos, c’est tout juste s’il existe sur la carte de France. “Les médias s’en moquaient. Si on battait Paris ou Marseille, c’étaient eux qui avaient perdu, pas Sochaux qui avait gagné.” Pourtant, lui sait bien que son club est le premier à avoir créé un centre de formation, que la famille Peugeot a été l’une des premières à rémunérer des joueurs professionnels… Le FCSM est vu comme un club de second plan ? Loin de le démotiver, cela résonne pleinement au contraire avec le caractère réservé de l’adolescent qu’il est alors.
Son éloignement géographique le pousse à assumer une certaine solitude : seul à porter ses couleurs sochaliennes, il se fait souvent chambrer. “Gamin, mes parents m’avaient offert un maillot de Sochaux. Je l’ai porté à l’entraînement, on m’a tellement vanné sur mon “club pourri” que je n’ai plus osé le remettre. Mais je l’ai gardé précieusement. Et après la victoire en 2007 contre l’OM, je n’ai pas pu m’empêcher de rééditer l’expérience.” Il finit tout de même par nouer des liens avec un noyau solide et durable d’amis, qui rassemble plusieurs couleurs de maillot.
La VHS de Sochaux - Dortmund
Il guette les déplacements de son équipe favorite dans sa région : en 1998, il assiste à une rencontre de coupe de France à Trélissac, en Dordogne. “Mon père et moi étions le long des mains courantes, dans un petit stade de district : on pouvait presque toucher les joueurs.” Il n’a par ailleurs loupé presque aucun Bordeaux - Sochaux. Excepté, précise-t-il un peu médusé, celui qu’il ne fallait pas rater, en 2011 : la bande à Ryad Boudebouz était venue battre les Ciel et Marine 0-4. Le destin est parfois taquin.
Cédric est venu deux fois à Sochaux. Il a assisté à un seul et unique match à Bonal en 1999, une victoire 2-1 contre Nice. “On avait fait l’aller-retour en train avec mon père. Anto Drobnjak venait d’arriver et le nouveau stade était en chantier.” Quelques années auparavant, le jeune garçon avait fait étape à Sochaux avec ses parents sur la route des vacances, après une traversée de la France en 205. “J’ai découvert le stade Bonal, l’ancien donc, je me collais aux grilles fermées. Nous avons été reçus royalement par M. Bonnet, le président du Supporter Club. Il m’a offert toute une panoplie d’objets, dont un poster de l’équipe qu’il est allé décrocher dans la chambre de son fils… j’ai tout gardé.” Il conserve également l’image des joueurs revenant de l’entraînement à vive allure, entassés dans de petites Peugeot, et d’un Stéphane Cassard qui se gare bruyamment au frein à main. Au milieu de ces années 1990, il se familiarise avec les noms, progressivement : comme il n’a pas Canal+ à la maison, les résumés Téléfoot sont les seules images dont il dispose. Le président Thouzery, l'entraîneur Takac et sur le terrain, les Bazdarevic, Hadzibegic, Prat deviennent des visages connus. Il apprend les noms de la génération d’avant, celle de Genghini, par les livres. Il verra beaucoup plus facilement celles d’après à la télévision.
Toutes époques confondues, un nom se distingue : Teddy Richert. “C’est un monstre, son apport au club a été incroyable. Il mérite une statue. J’aimerais le revoir au sein du FCSM.” Il cite ensuite de très belles réussites sochaliennes telles que Jean Fernandez, Guy Lacombe et, plus récemment, de Marvin Martin, à qui il trouve pour point commun d’avoir été sous-estimés dans la suite de leur carrière : ils avaient été performants, oui, mais à Sochaux seulement… En plus de noms, il y a aussi des matchs mémorables. Les victoires en coupe, forcément, à plus forte raison celle de 2007 et son doublé avec la coupe Gambardella. La campagne européenne de 2004 est tout aussi inoubliable, surtout le succès 4-0 contre le Borussia Dortmund, enregistré sur une cassette VHS et regardé une bonne cinquantaine de fois. D’une manière générale, Cédric se rappelle de bons moments devant sa télé : “à la fin des années 2000, le FCSM était souvent retransmis. Quand j’allais le samedi après-midi chez mon père, on n’avait qu’à s’installer sur le canapé et se régaler.”
Tombé de haut
Puis vient la période de Ledus, de Baskonia et de Nenking. Cédric se fait alors plus distant, pour plusieurs raisons. Il invoque d’abord son emploi du temps : comme il pratique le foot-loisir les vendredis soirs, il ne voit plus les matchs. Il finit par connaître tout juste le nom des joueurs. Et la déception répétée de saisons qui démarrent en trombe et qui se terminent mal n’arrange rien. Mais le plus grave est ailleurs, hors du terrain : “J’ai décroché. Je ne reconnaissais plus mon club, tout simplement.” Le FCSM se transforme peu à peu dans une direction qui n’augure rien de bon, et ce depuis la vente par Peugeot en 2015. Une trahison jamais comprise par Cédric, qui suit tout cela seul et d’assez loin. “A l’époque, je n’avais pas trop accès aux infos. Je n’avais que Facebook, c’était limité…”
Quand vient l’annonce de la relégation en 2023, il est beaucoup plus connecté. Comme un lionceau en cage, il passe des heures à scruter des profils, à fouiller des pages. Il partage son anxiété lorsque sa femme passe à proximité, en lui montrant fiévreusement les dernières nouvelles sur son téléphone. “D’abord, je n’ai pas cru aux premières alertes. J’ai vraiment pris peur lors du premier recalage à la DNCG. Et ça s’est poursuivi jusqu’aux images de la fermeture du centre de formation, du dernier entraînement à Bonal… Là, je suis tombé de haut.” Le grand huit émotionnel se poursuit avec le projet de Romain Peugeot : “Le symbole aurait été magnifique. Son échec remet un coup derrière la tête, avant que Jean-Claude Plessis n’arrive. On reprend de l’énergie positive, on se remet à rêver…” Il participe dès qu’il le peut à Sociochaux. D’ailleurs, voyant son adresse mail reconnue lorsqu’il s’inscrit, il réalise qu’il a déjà adhéré plusieurs années auparavant.
La comparaison avec la chute des Girondins de Bordeaux, survenue l’année suivante, éclaire rétrospectivement la portée de l’épisode sochalien. Tout d’abord, les tumultes semblables vécus par les deux clubs ont-ils rapproché les supporters ? Pas tout à fait, car Cédric repère régulièrement sur les réseaux sociaux des marques d’animosité. Néanmoins, le sauvetage du FCSM est souvent cité en exemple par les supporters bordelais. Il faut relativiser, car ce n’est pas comparable : le déficit à Bordeaux est bien supérieur, le président a refusé de partir… L’absence de réaction n’en reste pas moins surprenante. “Ici, ça n’a pas fait de bruit. C’était même étrange, ce silence. Je constate que la ferveur n’est pas la même : à Bordeaux, même s’il y a un gros bassin de population et aucune concurrence aux alentours, le remplissage du stade repose beaucoup sur les ultras. Signalons aussi que les grands noms parmi les anciens joueurs n’ont pas bougé. Quand on voit les stars qui se sont mobilisées pour Sochaux, c’est fou !”
“Mon club”, le retour
Puisqu’il est question de ferveur, aucun doute que celle de Cédric est revenue à la vie en même temps que le FCSM. “Je suis reparti à zéro, comme un homme neuf. J’ai retrouvé mon club, je me suis remis à l’aimer. J’ai tenu jusque récemment un magasin de réparation de téléphones. Je fermais à 19h, mais je continuais toujours à travailler derrière la grille pendant une heure au moins. Le soir de Red Star - Sochaux, j’ai vite baissé le rideau, sans même compter la caisse, si bien qu’à 19h01 j’étais dans ma voiture. Sur le trajet, j’ai allumé France Bleu Belfort-Montbéliard pour la première fois de ma vie. Puis j’ai couru chez moi pour voir le match.”
L’intensité ne retombera plus de la saison. Le match à Martigues intervient quelques semaines après. Les supporters sochaliens n’ont pas encore terminé leur acclimatation au National, aux petits stades et aux moindres moyens techniques de FFF TV. Pourtant, lorsqu’Issouf Macalou inscrit son doublé, Cédric se surprend à hurler en bondissant du canapé et à se retenir de donner une franche accolade à sa femme, comme on le ferait un soir de liesse avec son voisin de tribune. “J’ai même racheté un maillot ! Enfin, deux, avec celui des socios. C’est la première fois depuis une quinzaine d’années : il était devenu inenvisageable que je donne un centime au club vu les propriétaires alors aux commandes.” Cette première année en National fut-elle idéale ? Belle, assurément, par la qualité du jeu proposé même pendant les périodes creuses, ainsi que par la générosité de l’équipe dans les six premiers mois si particuliers. Mais aussi frustrante, au vu des contre-performances signées lors de rendez-vous ô combien importants à titre tantôt sportif, tantôt symbolique.
Et cela a continué en début de saison 2024-2025, à l’heure où nous échangions : une défaite rageante contre Nancy, un nul sans saveur face à Orléans en guise d’adieu à Jean-Claude Plessis… Pour Cédric, l’incertitude inhérente à la vie du supporter a repris ses droits. Les réalités liées à l’éloignement géographique, aussi : “je regrette de ne pas avoir pu revenir depuis l’an dernier. J’aurais aimé ne serait-ce que serrer la main de MM. Plessis, Wantiez, Tanchot, voir les premiers entraînements du retour.”
En revanche, une idée perdure, depuis les débuts de sa collection d’enfant jusqu’à ce jour. “Sochaux, c’est mon club. C’est le football que j’aime. Ça m’a suivi, comme un membre de la famille.” La famille, justement. A force de passion, il a réussi à faire entrer le FCSM à 50% dans le cœur de son père, le pur supporter bordelais. Il aura eu un mot pour les conversations footballistiques avec sa femme et son beau-père nancéien, entre lesquels ce sujet est devenu un vrai lien. Enfin, le dernier mot de Cédric est tourné vers l’avenir : “Au mois de juin 2024, je suis devenu papa de jumeaux, une fille et un garçon. Un ami m’a offert deux tétines FCSM. Je vais essayer d’en faire des supporters de Sochaux !”



