
Témoignage N°20 – Franck
29/01/2026Témoignage N°21 - Rémi & Valentin
Le projet "Cœur de Socios" vise à recueillir et partager les témoignages émouvants des supporters du FCSM, avec l'objectif de publier un recueil de 100 portraits pour célébrer les 100 ans du club en 2028.

Bonal, le ciment d'une famille
L'héritage d'un mur jaune et bleu
Rémi et Valentin ne vous sont peut-être pas inconnus. En effet, les deux ont été interviewés dans le cadre d’un reportage de Brut, il y a quelques mois, pour justement parler de leur passion sochalienne. Mais cela, nous ne l'avons redécouvert qu'après les avoir rencontrés. Ce qui nous a évité une certaine pression le jour J. Nous commençons donc nos questions auprès de ces haut-doubistes, avec derrière eux un mur de souvenirs jaune et bleu (des écharpes dont la plus ancienne est de 1987, des maillots et pleins d’autres souvenirs…)
Rémi commence à aller à Bonal dans les années 80. Il faut dire que dans la région, quand on parle foot à cette époque, c’est Sochaux. Il y a bien Besançon en D2, mais la proximité de Sochaux par rapport à Besançon fait qu’il rêve d’y jouer, comme beaucoup d’entre nous. Puis, quand il réalise qu’il n’a pas le niveau, il se range au rôle de “simple” supporter qu’on aime tous. A la maison, quand il est enfant, sa famille ne suit spécialement pas le football mais Sochaux, il a le droit de regarder. C’est donc ainsi qu’il a suivi l’épopée des années 80.
Bonal contre vents et marées
La fin de cette décennie marque l’époque où il commence très souvent à aller à Bonal, avant d’aller à tous les matchs dès qu’il obtient le permis. On parle d’une époque où le stade n’est pas couvert en populaires. Mais la météo n'est jamais un obstacle à son engouement. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, Rémi est là. La preuve en est : une fois il a dû revenir en slip d’un match avec un ami qui l’accompagnait, tellement ils ont été trempés suite aux averses.
Un souvenir très marquant de cette époque est le Sochaux - Fiorentina (Coupe de l'UEFA, en 1989). Il nous le cite d’ailleurs à plusieurs reprises. On est éliminé, sans perdre, mais quelle ambiance : “c'était fantastique”. Il a d’ailleurs une anecdote sur ce match : il avait acheté sa place mais devait la retirer au guichet. Toutefois, les gendarmes bloquaient l’accès, laissant passer les supporters au compte-goutte, et refusaient de laisser entrer car il n’avait pas son billet en main. Il a donc profité du passage d’un ami pour récupérer son billet, tromper les gendarmes et a ainsi pu aller chercher le sien au guichet.
Les cicatrices et les gloires du passé
Des anecdotes sur les matchs, Rémi en a des dizaines. Il nous parle de la demi-finale de la coupe de France, cette même année 89, contre Monaco. On fait 0-0 là-bas et on finit aux penaltys, mais Stéphane Paille loupe son tir. Ce qui l’a marqué, ce sont surtout les larmes de tout le monde suite à la défaite. Une vraie communion avec le public. Puis il enchaîne sur les finales au stade de France qu'il a toutes pu suivre (Monaco, Nantes et Marseille), et surtout il se remémore les beaux souvenirs des 2 gagnées coup sur coup.
Des souvenirs il en a certains qui restent avec un goût amer. Un Sochaux - PSG en 2003 qui l’a bien déçu par son arbitrage : on était invincible depuis 30 matchs à domicile. “Canal a fait sa pub sur le fait qu’on allait le perdre et on a vu que l’arbitre faisait tout pour qu’on le perde : avec un arbitrage honnête, on ne le perd pas. On a eu droit à un penalty imaginaire pour Paris, carton rouge de Oruma suite à un pétage de plomb, après tant d’injustice. Le rouge est justifié pour le geste d’Oruma, mais tout ce qui s’est passé avant reste discutable”.
En parlant d’arbitrage, Rémi a une dent contre monsieur Petit qui sort 2 cartons rouges et siffle 2 penaltys lors d’un match contre Ajaccio, qu’on perd 6-1. Ce même arbitre fait de nouveau des siennes lors d’un match contre Caen mais, cette fois, on gagne quand même 3-2 : “une explosion de joie à la fin”. Surtout au vu des circonstances. La liste des anecdotes n’oublie pas les années 2000 avec déjà Jean-Claude Plessis à la présidence, et surtout le Sochaux - Dortmund dont la simple évocation lui procure encore des frissons vingt ans après .
Le rêve de fouler la pelouse
Plus proche de nous, il reste marqué par un Sochaux - Bastia (2021-2022) avec Pogba qui met un but contre son camp, suite à une passe pour Prévot qui n’était pas dans le but, mais où on gagne 2-1 avec notamment une formidable frappe de Valentin Henry. Tous ces souvenirs le font rêver à une remontée. Il aimerait retrouver les émotions vécues lors du Sochaux - Martigues de 1998, le match qui nous a fait retrouver la Division 1, avec l’arrêt de Petereyns en fin de match sur un penalty : “on est passé par toutes les émotions durant ce match”.
Après ces souvenirs de matchs, Rémi nous confie son rêve, le rêve de tout supporter du FC Sochaux : fouler la pelouse du stade Bonal. Rêve qui a pu être réalisé pour la première fois lors du jubilé de Faruk Hadzibegic. Il goûtera à nouveau ce plaisir de marcher sur le terrain lors des fins de saisons suivantes. Ce sont de longues années à faire les allers-retours depuis chez lui, pour aller au stade où peut-être vous l'avez vu lui et sa bande d'amis, qu’on surnommait le groupe aux chapeaux, vu qu’ils avaient toujours des chapeaux sur le dos.
Le virus Sochalien : de père en fils
Qui dit matchs dit noms de joueurs et d’entraîneurs qui l’ont marqué. Il nous en cite de nombreux. Au point que nous n’avons pas réussi à tous les noter. En voici quelques-uns, pêle-mêle : Takac, Perrin, Hadzibegic, Bazdarevic, Sauzée, Frau, Meriem, Pedretti, Pagis, Isabey, Prévot… Il nous dit toutefois qu’il s’attache plus aux joueurs de la région comme Isabey, qui est proche de Pontarlier, haut-doubiste aussi donc, comme lui. Il nous montre d’ailleurs fièrement le maillot qu’il a récupéré de lui.
Les années de Rémi ne se sont pas toutes passées dans le Doubs. Il a pas mal parcouru la France à partir des années 2000 : Rennes, Lunéville, Orléans, Sélestat, Bourg-en-Bresse, Strasbourg et Dijon mais durant tout ce temps, il est resté fan de Sochaux. Il lui arrivait même de faire 4h de route pour aller voir un match.
Difficile pour lui de louper un match et surtout maintenant qu’il a son fils (Valentin). Car oui, en plus d’être fan de Sochaux, Rémi a transmis le virus à plusieurs membres de sa famille : sa fille, son fils et son papa. Valentin, aujourd'hui âgé de 12 ans, est allé voir ses premiers matchs quand il avait 6-7 ans. Au début avec son papa (Rémi donc), puis durant les années pendant lesquelles Rémi était hors du Doubs, il a convaincu ses oncles de l’amener au stade. Il fallait bien un chauffeur. C’était un peu difficile au début, à cause du bruit, mais maintenant, c’est lui qui chante avec son cousin, dans la TNS. Des moments qui rappellent des souvenirs à son père.
Désormais habitant sur Dijon, il s’est ré-abonné et c’est une soirée en famille les soirs de match : les cousins, les oncles, le fils, le papa et même parfois la fille. Tout le monde se retrouve au stade pour la sortie familiale. D’ailleurs, pour Rémi, les valeurs du FC Sochaux, c’est la famille. C’est ce que voulait Peugeot à l’époque. Apporter du bonheur au public, et changer les idées des travailleurs de Peugeot.
Lorsque Peugeot, surtout Tavares, décide de se débarrasser du club, Rémi en garde un goût très amer. “D’autant que lors du dernier match contre Evian, la marque au lion faisait encore de la pub sur ce lien historique, pour ensuite le bazarder à des inconnus, inaptes à gérer un club. Malheureusement pour Tavares, le club n’est pas mort”. Et même mieux, il revit. Malgré un été 2023 très dur où la direction de l’époque nous dit que tout va bien pour ensuite apprendre qu’on a 22 millions de dettes.
Quand il a entendu la levée de fonds, il n’a pas hésité une seconde, d’autant qu’il était déjà adhérent Sociochaux avant. Le fils quasiment dans la foulée aussi. Ensuite sa fille et son épouse. Même si elles ne s'intéressent pas trop au foot, elles sont devenues socios par la force des choses (et de Rémi !). D’ailleurs les numéros de socios de Rémi et Valentin montrent leur réactivité : 17 et 66.
Renaître de ses cendres : le combat des supporters
Puis bien sûr, ils sont allés au rassemblement avec son fils le 14 juillet 2023. Impressionnés par le monde présent, ils se disent que sûrement les joueurs et le personnel ont été touchés par l’engouement. En repartant, ils sont convaincus que le club ne pouvait pas mourir et sont repartis avec plein d’espoir. Certes, le club était “dans le coma” mais Jean-Claude Plessis et Pierre Wantiez ont fait tout ce qu’il fallait pour repartir.
Selon lui, “c’est un truc exceptionnel qu’on a fait mais on se rend compte malheureusement, qu’on ne sera pas les derniers, comme Bordeaux, Niort, Sedan et il n'est pas impossible que d’autres clubs jusqu'en Ligue 1 subissent les mêmes choses”. En attendant, du côté de Sochaux, on voit l’avenir plus sereinement. “Il faut être positif. On a à la tête du club des gens qui ont la tête sur les épaules, avec l’amour du club et un objectif commun. Dans notre malheur, la descente nous a peut être préservé sur ce qui se passe aujourd’hui”. Selon Rémi, il faudrait mettre un palier sur le salaire, d’autant qu’il ne “faut pas oublier que ceux qui viennent les voir, les supportent, sont des gens qui ne gagnent rien à côté d’eux, avec des fins de mois difficiles”. Donc, ce serait bien de faire des matchs en mouillant le maillot.
On arrive à la fin de l’interview lorsqu’il adresse un message de remerciement à Plessis, Wantiez et Tanchot : “Merci beaucoup d’avoir pris sur eux, d’avoir fait le nécessaire pour sauver le club. Je ne sais pas s’ils se rendent compte du bonheur qu’ils ont offert à la région et même du monde vu qu’on a des socios partout. Pour Tanchot, merci d'être resté. Il signe pour un club en L2, il se retrouve en N1 et il a continué. Pas de rancœur sur ce qui n’a pas marché.On sait que les joueurs et entraîneurs partent, les supporters restent, mais il faut que les joueurs fassent le nécessaire pour donner du bonheur à ceux qui viennent”.
Regarder vers l'avenir avec sagesse
Le bonheur justement, il en a eu avec la coupe de France en 2023/2024. Un plaisir de jouer des clubs de L1, pour voir le stade plein, pour l’ambiance. Enfin, il a une dernière demande pour le club : “J’espère revivre ce que j’ai vécu les années précédentes : haut de tableau en L1, épopée européenne, rejouer des Monaco, Marseille, Paris à Bonal. Des clubs comme Reims y arrivent, on devrait pouvoir réussir. Ne pas faire de folie financière. La suite viendra, il faut garder la tête sur les épaules.”
On l’espère tous aussi !



