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Témoignage N°28 – Florian
14/05/2026Témoignage N°27 - Julien
Le projet "Cœur de Socios" vise à recueillir et partager les témoignages émouvants des supporters du FCSM, avec l'objectif de publier un recueil de 100 portraits pour célébrer les 100 ans du club en 2028.

Le FCSM comme identité, un patrimoine sans cesse renouvelé
Aujourd’hui c’est Julien que nous avons en interview, quarantenaire, en couple, père de 2 enfants, né à Audincourt et vivant à Montbéliard.
Une histoire de famille
Pour Julien, comme pour bon nombre d’entre nous, Sochaux, c’est avant tout une histoire de famille. C’est à la fin des années 80 qu’il commence à se rendre à Bonal, à chaque vacances scolaires. Bien qu’habitant la région, c’est en effet avec son oncle et son cousin, habitants de Haute-Savoie, qu’il découvre le club jaune et bleu. Les vacances sont pour eux l’occasion de revenir dans la famille, à Autechaux-Roide, et pour Julien, l’occasion d’aller au stade. Au point que pour lui, les vacances se font toujours attendre. C’est à cette époque qu’il comprend que le FCSM “fait partie de lui, de son identité”.
En grandissant, dès qu’il devient autonome dans ses mouvements, grâce à son scooter, il se rendra par lui-même au stade. Un stade qu’il verra évoluer, qui se reconstruit à l’aube des années 2000 et dont il découvre même les loges pour l’inauguration lors du Trophée des Champions 2000. Les années 2000 et pour Julien, l’heure de l’exil puisque pour ses études, il doit se rendre à Lyon.
La fierté de sa région d’origine
Julien arrive à Lyon au bon moment pour la ville puisque le club amorce la phase la plus glorieuse de son histoire. Si Julien se rend souvent à Gerland pour voir jouer les multiples champions de France, il n’en oublie pas son cher FCSM, se rendant à chaque fois en parcage pour les OL - FCSM. Mieux, avec quelques amis étudiants Francs-Comtois, ils revendiquent fièrement leur amour pour leur région natale et pour son étendard. Ils sont même surnommés “la famille Isabey”. En ce début des années 2000, le FCSM est une belle équipe, au jeu flamboyant et avec de nombreux joueurs talentueux, pour la plupart issus du centre de formation. Cette équipe plaît et rend fiers Julien et ses amis. Quelques soirées passées à regarder les matchs à l’internat rendent ce club sympathique pour la plupart de leur promo. Et surtout quand le FCSM gagne un match de légende en demi-finale de Coupe de la Ligue contre l’ennemi juré stéphanois. Cette soirée vécue à l’internat avec plus d’une dizaine de camarades et la soirée en jaune et bleu qui a suivi restent un très bon souvenir étudiant pour Julien.
Cette saison 2003 - 2004, il l’a d’ailleurs vécue de manière très spéciale puisqu’il a passé un semestre en Australie en première partie de saison. Avec comme activité au réveil, d’aller dans des cybercafés pour essayer de charger le résultat de Sochaux de la veille : en vérité, avec le décalage horaire, le match se termine à peine. Comme le lendemain du 27 novembre 2003 et de cette victoire légendaire contre Dortmund, où le site l'Équipe a mis plusieurs minutes à charger un “Magnifique Sochaux” qui a fait exulter notre cher Julien. Entre autres bénéfices, ce séjour loin de ses terres aura mis en évidence son attachement pour le club. C’est de retour en France que Julien va connaitre la seconde partie de saison, et vivre certains de ses meilleurs souvenirs en jaune et bleu.
Les grands moments
Difficile de passer à côté de cette finale de Coupe de la Ligue 2004. Après avoir vécu au Stade de France, celle de 2003, restée en travers de la gorge, Julien est marqué par les mots de Jean-Claude Plessis : “Nous reviendrons pour la gagner l’an prochain”. Julien sera là aussi. Et pas tout seul, puisqu’il vivra le match avec son oncle et son cousin (ceux du début de l’histoire) ainsi qu’avec sa “famille Isabey”, ses camarades de Lyon. Tout le monde réuni autour de lui et une superbe victoire pour une soirée gravée à jamais.
Après quelques années plus compliquées pour Sochaux, Julien revient à Montbéliard. Et c’est d’ailleurs d’ici qu’il vivra la finale de Coupe de France 2007, sur le parking du stade Bonal, devant l’écran géant installé là. Un match stressant mais victorieux et surtout l’occasion d’une magnifique fête dans les rues de Montbéliard partagée avec l’ensemble de la ville, notamment les “pompiers, debout sur leurs camions”. Montbéliard, cette ville où le monde est petit, taillée pour un club familial. “J’habitais dans la même rue que Moumouni Dagano. Les années d’avant, on pouvait voir Jérémy Ménez dans un kebab où il avait ses habitudes, payer une tournée à tous ses potes. Mais cette saison 2006-2007, il y avait beaucoup de nouveaux joueurs et je me rappelle les avoir vus dans un bar, régulièrement et très tôt dans la saison. Ça semblait très sage, mais j’aime à penser qu’ils avaient su créer une alchimie entre eux.” Cette année 2007 reste moins marquante pour lui car même si elle a été très réussie, elle donne l’impression d’avoir été à part, moins issue d’un processus de montée en puissance d’une génération que la période 2001 - 2004.
La dernière saison marquante, pour lui, en Ligue 1, reste évidemment 2010 - 2011 avec l’impression d’enfin revoir une génération #MadeInSeloncourt bourrée de talents et en capacité de faire briller le club. Un jeu offensif léché et de superbes soirées à Bonal.
Une lente descente aux enfers
Le 17 mai 2014, malheureusement, l’histoire sera moins clémente avec Sochaux. Pourtant, Julien y croit cette journée-là. Il a invité son oncle et son cousin haut-savoyards à revenir pour ce match. Pour vivre, avec eux, cette remontée fantastique. La suite, tout le monde la connaît et de cette soirée, reste le silence absolu de la fin de match, l’ensemble du public abasourdi et la sensation que le ciel nous est tombé sur la tête. “J’ai croisé le regard de mon oncle. Je les avais fait venir en étant convaincu qu’on allait se créer un beau souvenir. Ça s’est avéré un cadeau empoisonné…” De ce match, il conserve aussi le souvenir d’un père qui réconforte son fils en lui disant “que même en Ligue 2 on continuera d’aller les voir, le club sera toujours là” - “et j’ai trouvé ça bien, parce qu’à Sochaux, il y a toujours l'idée d'une passation. J’aime croire que beaucoup de gamins de 2014 sont aujourd'hui dans la TNS”. La saison dont il se souvient le plus reste celle sous Peter Zeidler, avec un jeu séduisant et un entraîneur qui avait su comprendre ce qui faisait la particularité du FCSM et qui semblait uni avec les supporters.
La saison suivante, sous Baskonia, reste a contrario l’un de ses pires souvenirs. Optimiste au début, il a vite déchanté en voyant le club péricliter et les mauvais résultats s’enchaîner. “En voyant le terrain de Chabaud laissé en friche, là, ça m’avait fait vraiment mal. J’ai commencé à venir moins fréquemment au stade.” De ces saisons, il note surtout l’incapacité du FCSM à finir ses saisons correctement et sa propension à toujours rater la montée. Comme si cette lente descente aux enfers avait quelque chose d'inexorable à l’époque. Avec pour paroxysme, l’été 2023.
Un été 2023 particulier
Au mois de juillet 2023, Julien est soudainement pris d’une névrite vestibulaire, de violents vertiges qui l’incommodent. Comme un symbole, cela lui arrive alors que le club tangue, vacille également. Son état de santé personnel va s’améliorer au cours de l’été jusqu’à se calmer aux alentours du 15 août, au moment où le projet devient de plus en plus concret et où la DNCG valide le maintien du club en National. Comme si Julien avait vécu physiquement les tourments du FCSM.
Ces soucis de santé, ne l’ont pas empêché de s’engager. Parmi les premiers à réagir à la levée de fonds, le socio n°302 a toujours été mobilisé, écrivant même à Romain Peugeot sur les réseaux sociaux pour le remercier de son engagement et pour se mobiliser à son échelle. Il sensibilise autour de lui et constate que beaucoup se rallient à la cause socio. À son boulot ou dans sa vie de tous les jours, Julien s’est rendu compte de la bonne image qu’avait le club et de l’envie que les gens avaient de le sauver.
Un monument à préserver
Et finalement, c’est ce qui est le plus marquant dans cette aventure. A travers sa vie, ses expériences, notamment à Lyon ou depuis l’été 2023, Julien a compris que le FCSM était un symbole, un monument du football populaire que les amoureux du foot en France apprécient, en Franche-Comté mais également dans le reste de l’Hexagone. Il nous raconte ainsi des anecdotes lui étant arrivées lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 où vêtu de son maillot des 11 000, il a eu droit à beaucoup de marques de sympathie, des agents de sécurité ou d’autres spectateurs. Il parle également de ces marques d’affection durant le Tour de France 2023, de Thibaut Pinot ou des “Sochaux Vivra” sur les routes.
“L’année 2023, ça a été un déclic : on est tombés en National, mais ce n’est pas ça le plus important. C’est la façon dont tu vis l’histoire avec ton club. J’adhère totalement à “Même histoire, nouveau chapitre”. Tu es toujours là, tu transmets à ton gamin… Depuis que j’ai commencé à aller au stade en 1989, j’ai vu plein de Sochaux différents. Et ce qui reste commun à tout ça, ce qui fait vivre le club, c’est nous.”
Il s’est d'ailleurs abonné pour la première fois en 2023, au moment précis où le club s’engageait dans la division la plus basse de son histoire. Il est devenu bénévole actif au sein de Sociochaux. Et lorsqu'il emmène son fils à son entraînement de foot, il est fier de voir toujours quelques gamins porter le maillot jaune et bleu plutôt que les tuniques des grands clubs européens. “La ferveur est toujours là. Il n’y a qu’à voir le monde qui se presse à Bonal dès qu'il y a une affiche un peu prestigieuse en Coupe de France. Les gens font de la route pour venir au stade.”
En conclusion, il revient sur l'état d’esprit du supporter, décidément prépondérant. “Enfant, j’ai été marqué par Olivier Baudry. Il méritait une meilleure carrière, et il est mort à 44 ans. C’est mon âge aujourd'hui, autant dire que ça me parle beaucoup. Or, je me rappelle d’un mauvais soir où il était totalement passé à travers de son match. Les gens l'avaient conspué et, avec mes yeux de gamin, j'avais trouvé ça injuste vu le joueur qu’il était en temps normal.” Julien sait qu’il fait partie d’un public dur, exigeant. “C’est normal que les supporters critiquent, fassent un retour. Il faut rester respectueux, et ne pas oublier qu’il est difficile d'être sur ou au bord du terrain, mais on regarde tous les matchs, on a notre mot à dire et je ne me prive pas. En revanche, je distingue mes réactions sur le vif, parfois fortes, du recul que je prends après le match. Je pense qu’on doit apprendre à canaliser nos émotions, à être patients. C’est très difficile, mais le salut passera aussi par là.”
Finalement, et c’est sans doute cela que l’on retiendra, Sochaux, c’est une part de lui, de son identité, de sa fierté et de son héritage.



