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Le projet "Cœur de Socios" vise à recueillir et partager les témoignages émouvants des supporters du FCSM, avec l'objectif de publier un recueil de 100 portraits pour célébrer les 100 ans du club en 2028.

Une interview exclusive réalisée au stade bonal le 18 octobre 2025
Si celui dont il est question aujourd’hui nous a reçus dans son bureau, c’est parce que le FC Sochaux est son métier en même temps que sa passion. Alors quel endroit aurait pu être plus approprié que son bureau du stade Bonal, à deux portes du vestiaire jaune et bleu, au cœur du réacteur, où il œuvre au côté des joueurs et des staffs depuis bientôt trente ans ? Vous connaissez au moins son nom et son visage. Nous vous proposons de (re) découvrir son histoire. Avec Freddy Vandekerkhove, 49 ans, team manager du FCSM, il sera question d’enthousiasme, de valeurs et d’attachement.
La Franche-Comté en étendard
Il était une fois un « petit bonhomme » qui, un soir de juin 1988, fond en larmes devant sa télévision. Les pleurs d’un enfant qui voit Mickaël Madar manquer le dernier tir au but de la finale de Coupe de France, condamnant son FC Sochaux. Mais aussi les pleurs d’un gamin qui aurait dû être au Parc des Princes ce soir-là, si une bêtise en classe ne lui avait pas valu une punition. Quelques chapitres plus tard, en mai 2007, le même garçon – devenu grand – soulève cette même coupe sur la pelouse du Stade de France, offrant la plus belle des revanches aux supporters déçus de 1988.
Passionné de football depuis toujours, Freddy découvre régulièrement le stade Bonal grâce aux sorties organisées par le club de son village. Très vite, il se prend d’affection pour le club phare de son territoire et, à l’adolescence, rejoint même la tribune active nommée à l’époque “Les Joyriders”. Né à Belfort dans une famille ouvrière, d’une mère vosgienne et d’un père roubaisien – avec, ajoute-t-il en souriant, un nom de famille d’origine belge – Freddy passe quelques années dans le Nord avant que l’embauche de son père chez Peugeot ne ramène la famille en Franche-Comté. Et il tient à clarifier les choses d’entrée : « Je suis un pur Franc-Comtois, je me revendique comme tel. Je suis le premier partisan, le premier supporter de ma région ».
Cet attachement à cette région, à sa terre natale influence tout son parcours. Il le met au service de ses missions au club, et cite volontiers plusieurs exemples qui en témoignent. Ce sentiment régional fort devient l’un des fils conducteurs de son discours, déclinés dans ses fonctions de team manager. Chargé de veiller au quotidien de l’équipe professionnelle, il a notamment instauré la tradition d’accrocher le drapeau comtois dans le vestiaire, que ce soit à Bonal ou lors des déplacements. Les drapeaux qui flottent aujourd’hui au-dessus de la tribune Forges s’inscrivent dans le prolongement direct de cette initiative.
De la même manière, il porte une attention particulière à l’intégration des nouveaux joueurs dans leur nouvelle région : une mission faite pour lui. « On va souvent jusqu’à leur trouver un logement. La plupart des gars ne viennent pas d’ici, il faut les aider. Et il faut leur vendre cette région : j’essaie de les inciter à sortir, de leur parler de tout ce qu’il y a à voir». Ces dernières semaines, plusieurs joueurs et membres du staff viennent régulièrement le trouver après l’entraînement pour lui demander des idées de sorties.
« Va au Malsaucy, tu vas t’éclater ! » lance-t-il avec enthousiasme. « Il y a plein de choses à faire, pour tous les goûts. Et pour celui qui voudrait changer d’air, il y a la gare TGV, un aéroport pas loin : on n’est pas au bout du monde ! ». Pour lui, tout cela n’est pas anodin : connaître la région pour laquelle on se bat, c’est déjà en porter fièrement les couleurs.
Une vie de sport
Le sport est l’autre élément qui vient naturellement lorsque Freddy se présente. C’est d’abord une affaire de famille : son père, déjà, était éducateur bénévole auprès de jeunes footballeurs. Il est lui-même père de deux fils, qui sont à l’âge de l’orientation professionnelle et se dirigent vers ce domaine : l’un comme intendant au Toulouse Football Club, le second dans une salle de sport.
Nous avons déjà évoqué la précocité de son attrait pour le football : joueur depuis ses cinq ans, il s’engage dès le collège dans une classe sport-études, quittant son village dès la 5ème. Il enchaîne ensuite avec le lycée Raoul Follereau de Belfort, puis un BTS Management du Sport, poursuivant l’objectif de trouver un métier qui lui permette de vivre de sa passion.
“L’histoire est particulière, et belle. En 1998, je viens de lancer la section décathlon à Montbéliard, ce qui me vaut d’être invité à la Nuit des Étoiles à Belfort. Et je me trouve assis à la table d’Henri Émile, intendant de l’Équipe de France tout juste sacré champion du monde ! Je le questionne sur son métier pendant toute la soirée. Il me conseille de déposer des CV et m’assure de son soutien.” Après avoir reçu plusieurs réponses positives, Freddy pose ses valises à Sochaux, et n’en partira plus.
Signalons pour compléter le tableau qu’en parallèle de son exercice professionnel, il a décroché en 2007 son Brevet d’Entraîneur de Football et a exercé à l’ASM Belfort immédiatement après. Il a mis en sommeil cette activité l’an passé, afin de se dégager du temps pour des loisirs, parmi lesquels : jouer au padel ! CQFD.
Un pilier du club
Quand il arrive en septembre 1999, le club est en pleine restructuration. "Jusque-là, le FCSM était géré comme un club de famille, c’était pour la plupart des gens de chez Peugeot qui y travaillaient”. Le nouveau stade est alors en construction, mais l’organisation change elle aussi. “Il a fallu tout construire. Je me suis retrouvé dans une équipe de jeunes, on voulait impulser une nouvelle dynamique, dans tous les segments du club. Dans le secteur sportif, on a tout repensé : les déplacements, la lessive, le transport du linge… Avoir le logo du club sur le bus ou sur les tenues d’entraînement, ça date de cette époque. C’est dur à imaginer aujourd’hui, mais avant cela, les joueurs s’entraînaient régulièrement avec des tenues dépareillées !”
Par bonheur, peut-être pas par hasard, cet élan dans les coulisses a coïncidé avec l’avènement d’une génération dorée. “La fusée a décollé, jusqu’en 2015”. Lorsqu’il évoque et fait visiter le cadre où évolue l’équipe professionnelle, c’est certes avec une certaine fierté, mais une fierté qui tient à l’humilité d’un ouvrage rigoureux remis chaque jour sur le métier.
Il tient d’ailleurs à tordre le cou aux idées reçues : “on imagine parfois que l'intendant ou le team manager, c’est celui qui donne les bouteilles sur le banc, qui fait les changements administratifs et qui tire la glacière... mais c'est une partie infime du métier”. A côté de lui trône un paperboard avec la liste des points à préparer pour le prochain déplacement : l’hôtel, le repas d'après-match, les billets de train, les tickets de métro… Et toutes les cases sont cochées. “Ici, les joueurs sont tout de même bien lotis : quand ils passent la porte d'entrée, ils ont une lingère qui leur est dévolue et aux petits soins, leurs affaires sont prêtes dans le vestiaire, on leur prépare les repas... Tout est propre, carré".
Arrivé comme alternant, il s’est imposé comme intendant, puis a évolué jusqu’à son poste actuel de team manager. Avec la capacité de revêtir plusieurs casquettes, notamment grâce à son diplôme d’entraîneur. “On me confie de temps à autre l’entraînement des gardiens. Cela m’aide aussi dans ma relation avec le staff : on parle le même langage”.
L’éternel grand frère
Et ce langage commun, celui qui soude un groupe, repose avant tout sur des valeurs fondamentales. “Ici, quand il manque un ballon, on va le chercher ! Tu te débrouilles comme tu veux, mais tu ramènes le ballon. Humilité, rigueur : on répète souvent ces mots, même si les joueurs s’en imprègnent facilement. Cela symbolise vraiment notre club, et c’est aussi ce qui est prôné dans la région. Ça, il faut le garder”.
Notre conversation a lieu seulement quelques semaines après que l’équipe ait renoué avec une ancienne tradition, l’expérience d’une visite à l’usine Stellantis. “Ils ont adoré, y compris les plus jeunes. Tous étaient très à l’écoute”. C’est l’exemple parfait pour illustrer l’impact du contexte sochalien sur les esprits, que Freddy est on ne peut mieux placé pour mesurer. “On essaie de leur tatouer ces valeurs, et ils en sortent toujours grandis. C’est quelque chose qu’ils emmènent avec eux en repartant. Dans leurs interviews, les joueurs passés par ici disent en avoir gardé une excellente image. Parce qu’on les a un peu éduqués quand même !”
L’échange glisse alors naturellement vers sa longévité au club, qui façonne le lien particulier qu’il entretient avec les joueurs.. “Quand je suis arrivé, j’étais le gamin. Puis le petit frère, le grand frère… Et pour ceux d’aujourd’hui, je pourrais être leur père, mais j’essaie de rester un grand frère”. Pour répondre à une question, il concède rapidement avoir dû passer par quelques épreuves pour se faire respecter à ses débuts. Mais il en vient vite à un constat plus enjoué et plus actuel : “Ils m’empêchent de vieillir ! Parfois, je me surprends à parler comme eux. La nouvelle génération est complètement différente, mais je les adore”. Même si pour la cohésion d’équipe, certaines recettes classiques fonctionnent encore à merveille : la dernière trouvaille de Freddy est d’avoir installé un jeu de fléchettes dans la salle de repas. “Ils sont comme des gamins avec ça !”
En évoquant les différentes générations passées par le FC Sochaux, difficile de ne pas aborder leur rapport à l’histoire du club. “On leur en parle, bien sûr. Il faut qu’ils soient conscients de jouer pour un club historique. Qu’il s’est passé de grandes choses ici, qu’on a créé le foot professionnel, que le centre a sorti de grands joueurs”. Mais il faut trouver un juste équilibre pour rester audible. “On évite de rabâcher, sachant aussi que les messages passent aussi par d’autres biais : quand ils voient des maillots de Ménez, Thuram ou Konaté au stade, ça leur parle beaucoup”.
Freddy précise que plus le temps passe, plus les faits historiques bien inscrits dans la mémoire des supporters ont tendance à dater d’avant la naissance des joueurs. Et d’illustrer son propos par une expérience toute personnelle : “un jour, j’ai croisé Ludovic Giuly avec mes propres fils : quand je les ai sermonnés de ne pas l’avoir reconnu, ils se sont justifiés par le fait qu’il n’était pas sur FIFA !” Ne pas rabâcher, Freddy y trouve aussi une cohérence avec la dynamique actuelle du club. “Il y a deux ans, le club était presque mort. On veut porter un nouveau projet”.
Le porte-drapeau
Au fil du temps, Freddy a gagné une place à part au FCSM, et bien au-delà du vestiaire. Bien qu’habitant hors de Montbéliard, il mesure parfaitement le capital sympathie dont il bénéficie. “Les gens m’aiment bien, je suis un peu le porte-drapeau. On me le dit. J’espère que ça tient à mes valeurs : travail, travail, travail, toujours avec le sourire. Je peux me regarder dans une glace. Et les gens savent que j’étais parmi eux, avant de passer de l’autre côté. C’est le cas aussi d’anciens joueurs : Bertrand Piton s’était rappelé m’avoir donné un maillot, par exemple”.
Porter le drapeau, il l’a aussi fait au sens propre. Le 14 juillet 2023, quand les joueurs et le staff sortent du tunnel pour rejoindre le rassemblement lancé en tribune Nord par la TNS, c’est lui qui apparaît en premier, l’étendard franc-comtois sur les épaules. Il prend ensuite la parole au micro, en tant que représentant des salariés du club. “Quand je termine mon discours en criant : Le club ne mourra pas !, je pense avoir une bonne nouvelle datée du matin, qui s’est avérée fausse ensuite. J’ai parlé avec mon cœur.”
De l’intérieur aussi, cet été fut une épreuve. “J’avais mal au crâne tous les jours, c’était vraiment bizarre. On savait qu’on s’entraînait pour rien, on ne savait pas où on allait. On a vécu cela en étant très proches avec le staff, et toute la journée le téléphone vibrait : est-ce qu’on serait virés, pas virés ? Et puis, je connaissais Romain Peugeot : je l’ai eu en stage de 3ème…” Une raison supplémentaire d’espérer, jusqu’au 4 août.
“Le corbillard est venu chercher le club. Là, c'était horrible : on fermait le FCSM ! On s’est quittés, les joueurs pleuraient, c’était d’une tristesse insondable…” Plus tard dans la journée, comme pour rompre un silence assourdissant, le concierge propose aux quelques membres du personnel qui restent de monter sur le toit de Bonal, la partie du stade qu’ils n’ont jamais vue auparavant. “Ensuite, je revenais tous les jours au stade. Il n’y avait plus personne, on faisait des tournois de foot sur la pelouse de Bonal entre salariés. On ne se rendait pas compte que le club était mort".
Et les déchirements s’enchaînant, voilà qu’il est sollicité. “Le foot est impitoyable : dès l’annonce de la disparition du FCSM, j’ai eu des propositions, alléchantes qui plus est. Mais je suis resté car rapidement, il y a eu ce nouveau projet… et puis c’est mon club. Je suis attaché à cette région, à cette proximité avec les gens. Je les aime, tout simplement. J’ai beau voyager souvent, je suis toujours content de rentrer”. Désormais, un mot d’ordre s’impose auquel Freddy adhère pleinement : remettre le club à sa place.



